The Bonaparte's La vie du Sphinx

Emergence

Émergence se dit de l’apparition, généralement soudaine, d’un fait, d’un état de fait d’ordre social ou historique (cnrtl),
L’émergence de The Bonaparte’s fut le produit d’une rencontre fortuite qui se révéla être un véritable précipité historique . Je répétais dans un local parisien avec mon groupe “Spindle Tongue” et Gille P et Pix faisaient de même avec Baroque Bordello dans un local mitoyen au notre. Baroque avait déjà une petite notoriété mais avait du mal à s’imposer vraiment comme un groupe important dans le rock indépendant français. Je ne dirais pas mieux de “Spindle Tongues” qui était encore à la recherche de son identité musicale étant tiraillé par mes propres influences et celle du bassiste Pat Griffith (qui, par ironie, rejoindra plus tard Baroque Bordello) et les difficultés d’un batteur absent la plupart du temps. Gille P et Pix sont entré ce jour là dans notre local sans rien dire et ont simplement écouté. Plus tard ils m’ont proposé une petite collaboration qui allait changer notre destin.
L’idée était d’enregistrer un single, en secret, avec une reprise du titre “They Are Coming To Take Me Away ha haaa!” de Napoléon XIV sortit en 1966, et ce single serait crédité a un groupe fantôme nommé The Bonaparte’s sans plus de détails. En parallèle nous ferions un concert surprise au Rex Club de Paris, trois morceaux pas plus, habillés en hussards de l’armée Napoléonienne, une apparition entre deux groupes, totalement inattendue. L’idée qui émanait de Gilles principalement (qui fut ensuite notre manager en plus d’être notre batteur) m’a tout de suite enchanté. C’était très risqué mais en cas de fiasco (on n’était pas à l’abri d’une pluie de canettes) nous étions incognitos et les conséquences auraient été minimes.

————- Lazlo, Pix et moi – Nos tous premiers concerts.

On s’est donc mis à répéter immédiatement et des les premiers instants nous eûmes ce sentiment que notre trio fonctionnait à merveille. Pix fit venir un ami à lui qui jouait du Saxo (Lazlo Covaks) et le son du groupe devint sublime. Le premier morceau qui surgit fut “The Batlle Of Iena” qui fut bouclé en deux temps trois mouvements, puis “Waterloo’s Front” dans la foulée et enfin la reprise de Napoléon XIV complètement déjantée, chantée par Pix. Nous avions nos trois morceaux, on était près pour le concert. Afin de se faufiler sans prévenir entre deux groupes Gilles fit appel a son ami Alex Calin manager de Baroque Bordello car il avait des bonnes relations avec le staff du Rex, d’autant qu’il organisait lui-même des soirées dans ce club qui pour le coup s’appelait “La Sebale“. En fait tout ce petit monde était fort excité par le coté gonflé du projet. Nous sommes entrés sur scène avec nos costumes ridicules, et nous avons démarré sur les chapeaux de roue avec “Iena” sous les yeux éberlués du public puis on a enchaîné sur “Waterloo” et on a finit avec ‘They Are Coming To Take Me Away” qui laissa le public un peu déstabilisé sans savoir si on allait revenir ou pas. Les réactions furent si bonnes que Bernard Natier du Studio Garage, ou Baroque avait enregistré leur premier single, fut tout de suite d’accord pour nous prendre sous son aile.

————————————————————————–

On s’est remis au travail et deux autres morceaux furent composés : “Shiny Light” et “Woman in Light“. Et c’est ainsi que nous entrâmes sans tarder en studio pour enregistrer non pas un single anonyme mais notre mini-LP “Shiny Battles“. Car si à l’origine The Bonaparte’s ne devaient-être qu’une parenthèse, une farce, cette idée de Gilles P. était en vérité beaucoup plus ambitieuse. Il s’agissait bien en fait de créer un nouveau groupe et de le lancer grâce à un mini-concert incruste entre deux groupes, comme une performance. Et çà a bien réussit puisque nous avons continué à répéter et à créer des nouveaux morceaux puis à partir en tournée en France puis ailleurs en Europe du nord.

Les répétitions allaient bon train. Le concept Bonapartiste qui nous avait si bien donné l’inspiration sur nos premiers morceaux se transformait petit à petit et prenait des couleurs psychédéliques. Mes influences Echo and the Bunnymen, Télévision, Magazine, Siouxie and the Banshees ou Killing Joke entre autres se mélangeaient joyeusement à celles de Pix et Gilles pour créer des titres un peu disparates comme “Christian’s Life” et “Girls” ou plus sombres et mélancoliques comme “She” (en studio son orage et la contre-basse) ou “6054 Stars” (ses ajouts de sitar indien), d’autres morceaux plus énergiques comme “Hymn” et “For Winter” qui font le pont entre le 1er et second album… “For Winter” est d’une facture particulière puisqu’il s’inspire de la musique folklorique Écossaise ou Irlandaise; un morceau que j’ai travaillé minutieusement comme un thème géométrique où le principe de répétition des phrases est décalé et avec une évolution élastique dans la deuxième partie du morceau, avec plusieurs prises de guitares qui s’entremêlent. J’ai trouvé drôle et sympathique que Tholhurst après 3 écoutes ai préféré ne pas intervenir au claviers pour ce titre. Il y a aussi “Welcome to the Isle of Dogs” et Voodoo Revenge” de même que “6054 Stars” qui malgré un tempo rapide sont comme des invitations au voyage dans des lieux insoupçonnés.

———- moi, Gilles et Pix FR3 Rennes Les Transmusicales.

Tous ces morceaux nous les avons joués sur des scènes diverses avant d’entrer en studio pour le LP., comme les transmusicales de Rennes ou le Printemps de Bourges, des petites villes ou des patelins paumés en cambrousse, dans des conditions parfois difficiles, des retours mal réglés qui nous faisaient jouer dans un énorme brouhaha, des éclairages approximatifs, des espaces tarabiscotés comme à Bâle en Suisse où un gros pylône se trouvait au milieu de la scène. Il y eu des moment magnifiques aussi avec une audience très animée comme au Paradisio à Amsterdam où le public installé sur plusieurs niveaux poussait des cris de toutes sortes entre les morceaux, nous étions dans la jungle. Partout le public était généralement attentif sauf à Oslo en Norvège, il faut bien le dire. Les gens étaient sagement attablés pour boire de la bière (où même manger) et discuter entre eux pendant que nous étions au labeur sur une estrade pour capter leur attention. C’était tout juste si nous n’avions pas à descendre pour passer le chapeau.

Et c’est ainsi qu’une fois tous ces morceaux bien rodés on est passé au studio Garage une nouvelle fois pour enregistrer notre second album “Welcome To The Isle Of Dogs“. Avec en prime la participation de Lol tholhurst batteur et clavier des Cure, toujours grâce aux relations de Gilles et Alex Calin.

Dissolution

Et puis Il y eu cette occasion en or. Occasion manquée par insouciance de ma part car au moment de plier bagages pour partir a Londres où nous étions bookés pour 2 concerts je ne pus mettre la main sur mon passeport, malgré des recherches éperdues dans tout mon appartement. Et s’en fut finit pour ce tremplin extraordinaire qu’aurait été ces deux dates en Angleterre (il faut savoir que chacun de nos deux albums avait eu 5 étoiles dans le Mélodiy Makers). Mais voilà, déception énorme, même si somme toute çà n’était que partie remise, car évidement çà ressemblait à un acte manqué, une peur d’affronter son destin, peut-être… Bizarrement d’autres événements sont alors venus interférer dans la vie du groupe. L’héroïne qui me tenait à la gorge et qui bouleversait mes priorités, la fatigue aussi après ces tournées et ces heures de studio aléatoires, et puis cette distorsion qui naissait entre nous… Pix a commencé à avoir un comportement bizarre. “Something Better Change” chantonnait-il sans arrêt dans le mini-bus, en revenant de Copenhague. Puis ce concert raté à Paris à cause d’un projecteur bleu mal réglé sur ma guitare qui me rendait quasiment aveugle et me faisait jouer faux la plus part du temps (une horreur lorsque l’on joue à trois), c’est pire que de casser une corde. C’était le morceau d’ouverture du concert, je misait beaucoup sur ce nouveau titre qui, me disais-je, allait méduser le public parisien. Et bien oui, médusé il l’était, mais par déception surtout. J’avais du montrer du doigt plusieurs fois le projecteur pour faire comprendre à l’éclairagiste qu’il y avait un problème mais le mal était fait et tout le concert fut exécuté sans la moindre énergie. Nous devions être pitoyable, j’apercevais au premiers rangs Bernard Natier du Garage tirant une gueule de 10 mètres de long, Il semblait dépité.

Nous aurions du à ce moment là faire une pose, se réunir et analyser la situation sereinement. Mais nous avions des nouveaux morceaux en gestation et j’étais pressé de reprendre les répétitions de même que Gilles qui marchait au radar, malgré tout confiant sur le chemin qui se traçait devant nous. Par contre Pix avait autre chose en tête et j’avais le sentiment qu’il projetait de quitter le groupe pour enregistrer en solo avec Bernard au Garage

———- Pix gentleman dans le metro.

.

Peu après son départ fut consommé. Avec difficulté car Pix était essentiel pour notre équilibre, il était l’aiguillon qui illuminait l’aura du groupe. C’était l’elfe enchanteur, rarement en retrait et sur scène il captait l’attention du public avec ses attitudes extravagantes ou incongrues. Il avait par exemple cette façon de se mettre à genoux à mes pieds alors que j’étais en impro à la guitare (pendant “She“) en me regardant d’un air halluciné… Et il repartait pour d’autres loufoqueries. Sans lui The Bonaparte’s était mutilé et Gilles et moi étions réduits à chercher un nouveau bassiste si nous voulions continuer cette aventure. Gilles semblait confiant. Et comme il était un peu l’âme du groupe (je crois qu’il se prenait pour Bonaparte !) tout allait pour le mieux, car certes c’était moi qui composais, qui chantais et qui donnait le son et la couleur mais j’avais toujours un œil sur lui. S’il approuvait alors c’était ok. Pix et lui donnaient souvent des idées mais c’était à moi de tout mettre en ordre.

La recherche d’un nouveau bassiste a été plus que compliqué. Il y eu plusieurs rencontres mais çà ne donnait rien. Que s’est-il passé ensuite ? Le drame absolut lorsque Gilles ne donna plus signe de vie pendant plusieurs jours. Et pour cause, ses parents l’ont trouvé mort chez lui… Un abus de médicaments semble-t-il. Voilà il nous avait quitté sans rien dire. La perte de Gilles sonna le glas du groupe mais que dire de ses deux filles jumelles en bas age qui ne verraient plus jamais leur père. The Bonaparte’s étaient morts et cela me jetais dans le désespoir. Je décidai de tout quitter, guitare, ampli, effets… amis, logement… tout. Et partir ailleurs, en Espagne chez mon père, pour retrouver un sens à ma vie.

————————————————————————–